Vendredi 9 février 2007

        Il semble bien que le personnage de saint Hervé ait été transposé en lieu et place de Gwinklañ. La chapelle qui couronne le Menez-Bre et la fontaine qui sourd sur sa face orientale lui sont dédiées. Comme lui il était aveugle et comme lui aussi il était barde (saint Hervé est le patron des sonneurs e on lui attribue le célèbre Kantik ar Baradoz le « Cantique du Paradis » ; l’iconographie le représente généralement avec une harpe). On le montre toujours accompagné d’un loup, ce qui le rapproche de Merlin. Un jeune homme le guide, il s’agit de Gwic’haran (serait-ce une variante de Gwinklañ ou de Gwenc’hlan ?). Hervé fit de longues retraites dans les forêts les plus profondes. Sa mère, Rivanon, rappelle la Rhiannon des récits mythologiques brittoniques des Quatre Branches du Mabinogi, qui est une évolution de l’ancienne Déesse Reine des Celtes. Les oiseaux de Rhiannon sont fameux, leurs chants endorment les vivants et réveillent les morts.

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Vendredi 9 février 2007

La plupart des chercheurs estiment que Merlin et Gwinklañ ne font qu’un, les traits du personnage et la présence du roi Arthur en sont les éléments les plus probants. On pourra en outre rapprocher le personnage de Lalokan, autre fou hirsute des bois du nord du domaine brittonique, dont le nom est également attesté en Petite Bretagne. Il meurt de la façon classique des prophètes, c’est-à-dire de trois morts différentes en même temps. Il y a également le Breton insulaire Taliesin, et l’Irlandais Suibhne Geilt, qui eut le même tragique destin que Lalokan, et qui dut, après une altercation avec saint Ronan, vivre au sommet  des arbres, obligé de subir « la froide bise et la neige pénétrante » et de faire l’expérience de la folie.

L’origine doit sûrement être un dieu celtique – ici on retrouve des éléments se rapprochant de Belen, l’Apollon celtique – mêlé au personnage pan-celtique du « fou du bois ».

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Vendredi 9 février 2007

 

Les deux lieux de sépulture de Gwinklañ indiquent la présence de trésors fabuleux. Dans son testament, il indique explicitement qu’il préfère qu’ils ne soient pas découverts. « Ce serait un présent funeste, écrit-il. Que les Bretons gardent leur pauvreté : elle est la source des meilleures joies. Qu’on ne me cherche pas davantage mes livres et les secrets qu’ils contiennent. Je les emporte avec moi pour me servir d’oreiller » (cité par Anatole le Braz).

Il entassa ses richesses sur douze chariots. Il fit bander les yeux des conducteurs. Ils crurent faire un long trajet pendant toute la nuit. En fait ils ne firent que plusieurs fois le tour de la montagne. Brusquement les attelages s’arrêtèrent, les chariots se vidèrent dans un trou des plus profonds. Les trésors s’y trouvent encore. Le corps du prophète dort également dans les entrailles de la montagne.

Tous les cent ans, dit-on, la nuit de la première lune, la montagne s’entrouvre. Celui qui se risquerait à se faufiler dans la fente serait guidé par une lumière magique jusqu’au corps du plus célèbre des devins bretons.

Une légende un peu analogue existe au Roc’h-Hallaz, lieu qui, on l’a vu, était également fréquenté par le prophète. Là, c’est une ville magnifique qui est emprisonnée dans le mont. Tous les sept ans, la nuit de Noël, à minuit, la falaise s’entrouvre. Une autre légende indique qu’en ces lieux travaillent inlassablement des Korrigan à fabriquer de l’or, ce qui nous rapproche du sens du toponyme Run ar Gov.

Selon la tradition orale, Gwinklañ ressuscitera un jour. En cela il fera qu’imiter le roi Arthur.

Le fait que Gwinklañ dorme sous des buttes rappelle les anciennes croyances, très connues en Irlande tout particulièrement, selon lesquelles les êtres surnaturels habitent sous les tertres.

Le tombeau de Gwinklañ – ou son secret – n’est peut-être pas si introuvable que cela, car, comme il l’a dit lui-même : Pa vin ket klasket‘vin kavet / Ha pa’z on klasket ne’z on ket (quand on me cherchera pas on me trouvera, et quand on me cherche, on ne me trouve pas).

Ce n’est pas ici le lieu pour étudier les différentes prophéties attribuées à Gwinklañ. Disons simplement que celle qui revient le plus souvent est la multiplication des routes qui précédera de grands troubles puis la fin du monde.

 

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Vendredi 9 février 2007

Il est difficile de ne pas faire le rapprochement avec les différents chants recueillis en Bretagne faisant mention d’un vieil homme aveugle (an den kozh dall) ou du vieil homme assis sur le Menez-Bre (hag an den kozh a lavare, war e goazez, war Menez-Bre), où l’on retrouve, au détour des vers, des prophéties attribuées à Gwinklañ. Certaines brides pourraient même remonter à l’installation des Bretons dans la péninsule. On y voit un vieil homme donner des conseils d’installation et d’agriculture – très écologiques – à un plus jeune : la première chose à faire, ce sont des talus, car, sans les talus, il n’y aurait bientôt plus rien…

Le Menez-Bre, qui domine toute la pénéplaine trégoroise, est lui-même désigné par ses habitants comme tad-kozh ar vro (le vieil ancêtre du pays). Sa masse sert d’ailleurs pour les prévisions météorologiques. Selon qu’on a de la peine à le deviner ou qu’on le voit nettement ; selon qu’il semble être près ou bien éloigné ; tout cela est d’un grand secours pour les laboureurs. En langue bretonne, c’est d’ailleurs le même mot (diougan) qui sert pour les prévisions météorologiques et les prévisions prophétiques.

Unautre personnage caractérisé par son grand âge hante les pentes du Menez-Bre, il s’agit de Tadig Kozh (vieux petit père). Même si la légende le fait vivre à une époque plus proche de la nôtre, il possède certaines des attributions de Gwinklañ. Comme lui il a les cheveux longs et blancs. Comme lui il ne meurt jamais vraiment, il est mort dix fois, il est revenu parmi nous dix fois. Le Gwenc’hlan du Barzhaz-Breizh indiquait qu’il fallait vivre trois fois avant de mourir pour de bon. Tadig Kozh possède le don de transformation, il peut paraître tour à tour vieux ou jeune, ce qui le rapproche de Merlin. Si Gwinklañ est un barde, voire un druide, Tadig Kozh est un prêtre, mais il est surtout connu  comme exorciste. Il excelle dans l’art de célébrer l’oferenn drantel, la messe trentaine. Cette messe avait ceci de particulier qu’on devait la réciter à l’envers, à minuit, dans la chapelle du Menez-Bre. Les diables, appelés un par un par leur nom, devaient se présenter devant l’officiant et libérer l’âme du malheureux pour lequel cette messe avait été commandée.

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Mercredi 7 février 2007

Gwinklañ vit donc en rapport étroit avec les plantes et les animaux. S’il refuse la compagnie des hommes, il entretient au contraire de longues conversations avec les animaux.

Les oiseaux, surtout, sont présents. Cela rappelle peut-être l’utilisation antique de l’ornithomancie, c’est-à-dire la divination d’après l’examen du vol et du chant des oiseaux ; à titre d’exemple, le mot français auspice vient du latin « examiner les oiseaux ». Et en breton le mot barged, qui désigne un oiseau de proie, désignait également autrefois unsorcier, un magicien.

La tradition orale indique que les oiseaux s’arrêtaient auprès de lui pour l’informer de tout nouveau changement aperçu lors de leurs trajets. Les corbeaux surtout venaient chaque soir lui faire un rapport sur les événements de la journée. Les aigles se rencontrent dans le chant du Barzhaz-Breizh, et c’est un aigle de mer qui vient le prévenir de sa fin prochaine. Rappelons que les aigles ont été, de tout temps, dans le domaine celtique, des oiseaux prophétiques. Et pour pouvoir écrire son testament, Gwinklañ arracha une plume à l’oiseau.

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Mercredi 7 février 2007

C’est au contact de la nature, vivant come un sauvage dans les arbres et se nourrissant de plantes, que les prophètes, devenus fous, retrouvent le sens des mystères de la vie et toute la science du monde.

L’arbre représente la connaissance dans la tradition celtique. L’homonymie est quasi parfaite entre les termes désignant l’arbre (breton : gwez) et le savoir (gouez), auquel on pourrait rajouter le nom de la laie, la truie (gwiz), symbole de l’enseignement druidique, et, bien entendu, ce thème de l’homme sauvage (gouez). Dans le même ordre d’idées, précisions encore que kelenn veut aussi bien dire « houx » que « leçon », « enseignement » ;  que la noix ou noisette (knaou en ancien et moyen breton) est le fruit de la science, proche de l’élément –naou connaissance, ce trait étant encore accentué par l’aspect de l’amande de la noix qui rappelle beaucoup l’aspect extérieur du cerveau ;que mez (gland) va de pair avec meiz (compréhension).

Le bois servait aussi pour la divination : prenndenn (littéralement « tire-bois ») en était la technique,et l’ogham,l’alphabet sacré des Celtes, était basé sur le nom des arbres. En outre, nombre de forêts étaient des sanctuaires sacrés, comme le bois de Névet en Bretagne près de Locronan (cette forêt était le lieu de retraite de saint Ronan).

Cette folie de l’homme des bois, c’est la sainte maladie (droug-sant en breton), maladie qui permet de pronostiquer, de dire des présages. Ce sens est d’ailleurs proposé dans les anciens dictionnaires vannetais du XVIII ème siècle : « droug-sant, présage, pressentiment, pronostic ; en devout droug-sant, pronostiquer » (littéralement : avoir la sainte maladie).

Cela permet d’arriver à l’une des autres étymologies possibles du nom : gwenn (blanc, bienheureux, saint), et klanv (malade).

C’est donc le fou du bois, le Folgoad en breton, dont l’exemple terminal fut Salaun, jeune simple d’esprit qui hantait la forêt de Landévennec du temps de la guerre de Succession de Bretagne (XIV ème siècle). Il ne vivait qu’en louant Marie, ne se nourrissant que de pain et se baignant nu dans la fontaine de la Vierge tout en chantant Ave Maria, Ave Maria. A sa mort, des lis immaculés poussèrent sur son tombeau, et sur chaque fleur étaient inscrits, en lettres d’or, les mots Ave Maria. Son culte principal fut transféré par la suite par la suite à la basilique du Folgoët, près de Lesvenen dans le Léon. Ce magnifique édifice religieux fut construit en grande partie grâce à l’aide des souverains successifs de la couronne bretonne, dernier exemple de la complémentarité monarques/fous.

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Mercredi 7 février 2007

Comme Merlin accompagnant Arthur dans ses combats et étant son porte-drapeau et son conseiller le plus proche, Gwinklañ semble avoir été également un guerrier, au moins sur le plan magique. On le voit se battant sur le Menez-Bre contre des ennemis invisibles. Il avait réussi, seul, à exterminer les Saxons qui s’approchaient de la côte pour envahir la Bretagne. Dans son froid tombeau, sous le Menez-Bre, on le représente dans une sorte de sommeil cataleptique, une épée à son côté, une branche d’ajonc dans sa main gauche, et ses livres sous la tête.

On notera que le Roc’h-Hallaz a vu également un combat du roi Arthur et que si Gwinlañ y a sa chaire comme nous l’avons dit précédemment, il a existé également un promontoire appelé Kador an Impalaer (la chaire de l’empereur). Ce promontoire a malheureusement été victime de l’exploitation d’une carrière. Cet empereur fait-il référence à Arthur, le roi suprême ?

La double hauteur existe également dans les environs du Menez-Bre. Si cette hauteur est l’éminence sacrée, un petit peu plus au sud la hauteur du Menez-Hoguéné était le lieu du pouvoir temporel, comme nous le rappelle encore son sommet dénommé sinistrement Lann-Suplis.

Un autre point toponymique serait à éclaircir : saint Efflam n’a laissé que fort peu de traces dans les noms de lieux bretons. On notera que le village qui jouxte Roc’h-Hallaz s’appelle Saint-Efflam. Il existe également une chapelle Saint-Efflam au pied du Menez-Bre. Coïncidences ? La légende nous rapporte que c’est saint Efflam qui aida le roi Arthur à se débarasser du dragon de Roc’h-Hallaz. Est-ce une version abâtardie du souvenir du porte-enseigne d’Arthur, dont l’emblème était le dragon. Ce nom ferait référence à l’oriflamme du roi, comme il est représenté sur un bas-relief de l’église romane de Perros-Guirec.

Si le voyant est le conseiller du roi, c’est souvent à son corps défendant. Le roi doit aller à sa recherche et l’enlever de force. C’est exactement ce qui s’est passé avec Gwinklañ dans l’introduction du Dialog. Arthur va le chercher dans les bois pour qu’il lui dise ce qu’il adviendra en Bretagne avant la fin du monde.

Au Pays de Galles, le lieu où Merlin est retenu prisonnier se situe également sous une colline, dénommée Brynmyrddin en gallois et Merlin’s Hill en anglais ( la Colline de Merlin), un peu à l’est  de Carmarthen, ville donnée comme lieu de naissance du célèbre personnage et d’où il tirerait son nom (Caerfyrddin en gallois, ce qui se décompose en Caer « cité » et Myrddin Merlin). C’est également de cette éminence que Merlin avait l’habitude de vaticiner.

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Mardi 6 février 2007

La civilisation brittonique était très friande de prophéties, souvent politiques, mais également de fin du monde. Les prophètes sont généralement des bardes ayant eu une vie tragique. Ils sont aveugles, la cécité et la voyance allant généralement de pair. Le Gwenc’hlan du Barzhaz-Breizh a eu les yeux crevés par un prince étranger.

Les traditions populaires montrent parfois un Gwinklañ avec, au contraire, plusieurs paires d’yeux. Gwinklañ zo gantañ daoulagad en a-raok hag en a-dreñv evit gwelet an amzer dremenet hag amzer da zont (Gwinklañ a une paire d’yeux à l’avant et une autre à l’arrière pour voir le temps passé et le temps à venir). Une autre version le montre avec une tête mobile, comme une girouette, ce qui lui permet de voir partout sans bouger le corps. Cela permet d’avancer une des étymologies possibles du nom Gwinklañ : gwenn (taie,cataracte) et klañv (malade). On a rapproché le nom breton de l’hirondelle, gwennili, dont la croyance populaireveut qu’elle naisse aveugle.

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Mardi 6 février 2007

 

      Gwinklañ est l’archétype du prophète breton dont des éléments remontent à la plus haute Antiquité brittonique et même celtique. Ses liens avec les autres prophètes du monde celtique sont évidents, et l’on pense généralement qu’il n’est qu’un des autres noms de Merlin.

Il s’agit d’un personnage âgé, aveugle ; vivant seul au contact de la nature et des bêtes, et ayant le don de prédire l’avenir.

Une forme Gwenc’hlan a été popularisé par Théodore Hersart de la Villemarqué dans son fabuleux Barzhaz-Breizh, recueil des chants populaires édité pour la première fois en 1839, qui comporte une Prophétie de Gwenc’hlan comme deuxième chant. Cette dernière forme est devenue de nos jours un prénom porté. Le personnage semblaient très connu autrefois, comme l’écrit le lexicographe Grégoire de Rostrenen en 1732 : « Guinclan, prophète breton, ou plutôt astrologue, très renommé en Basse-Bretagne » ou encore « Guïclan, astronome breton, très fameux encore aujourd’hui parmi les Bretons, qui l’appellent communément le prophète Guïclan ». Il le donne natif du Goëlo, la région qui s’étend entre Paimpol et Saint Brieuc.

Il semble avoir deux régions de prédilection en Bretagne, mais certaines de ses prédictions se retrouvent ailleurs dans le Pays vannetais par exemple, mais attribuées à des devins plus modernes (XVIII ème, voire XIX ème siècle). La première région est la région dite « entre Léon et Cornouaille », grosso modo entre Landerneau et le Faou, jusqu'à l’Aulne. C’est à Saint-Urbain, une commune proche de Landerneau, que se trouve une motte élevée qu’on appelle Torgenn-ar-Sal (le Tertre du Château) et où, d’après la légende, est enterré le fameux prophète, avec un diamant et des trésors. Et c’est à Landévennec, à la bibliothèque de la plus célèbre  abbaye bretonne, sise juste de l’autre coté de l’Aulne, que le lexicographe Dom Louis Le Pelletier (1663-1733) vit le livre qui comportait les prédictions rimées du visionnaire. Ce livre a malheureusement aujourd’hui disparu, mais, par chance, Dom Le Pelletier avait retranscrit le texte appelé An dialog etre Arzur Roe d’an Bretounet ha Guynglaff (Le dialogue entre Arthur, Roi des Bretons, et Guiklañ).

La deuxième patrie de Gwinklañ est le Trégor, la région nord de la Bretagne , entre Morlaix et Guingamp. Il y a également son tombeau, dans les environs du Menez-Bre. Le texte retranscrit par Le Pelletier et le chant recueilli par La Villemarqué mentionne qu’il habite entre Roc’h-Hallaz et Porzh-Gwenn. Roc’h-Hallaz est très connu, il s’agit d’un imposant massif rocheux sur la commune de Plestin, qui surplombe la vaste plage dite de la Lieue-de -Grève, et que les touristes parisiens appellent platement « le Grand Rocher », leurs gosiers ayant mal apprivoisé les sons gutturaux du nom véridique. A mi-chemin de la pente, un gros rocher en forme de patère, difficile à atteindre, est appelé Kador Gwinklañ  la Chaire de Gwinklañ). C’est là que notre voyant restait des heures  à dialoguer avec la nature. Il est un peu plus difficile d’être affirmatif pour Porzh-Gwenn (Port Blanc), ce nom étant relativement fréquent sur les côtes de Bretagne. Mais c’est Port Blanc en Penvénan qui semble le plus probable. Entre autres indices, il existe à cet endroit un lieu-dit face à la mer, appelé Run ar Gov (le tertre du forgeron, et le manoir qui servaient de lieu de résidence à Gwinklañ au pied de la face nord du Menez-Bre s’appelle également Run ar Gov. Ce n’est pas la première fois que de telles coïncidences toponymiques se produisent.

 

 

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Samedi 19 août 2006

Personnage légendaire considéré comme une Gwarc’h et une géante, ou encore une « fée rouge » ou une reine. On lui attribue la construction des grandes routes romaines, surtout celles se dirigeant vers Carhaix, qu’on appelle toujours en breton Hent(où) Ahez « route(s) d’Ahez ». On retrouverait son nom dans celui de Carhaix, l’antique capitale de la cité gauloise et gallo-romaine des Osismes (Cornouaille, Léon et Trégor actuels), décomposé en Kêr (citadelle) + Ahez… mais cette étymologie, quoique séduisante, est fausse. Pour porter les pierres nécessaires à toutes ces routes pavées, Ahez les aurait portées dans son giron, ou même « dans la peau de son ventre ».

 

Son tombeau se trouverait sur la commune de Prat (Trégor) sous un dolmen, dont il ne reste plus aujourd’hui que des débris, et qui s’appelle Bez ar Wrac’h (le tombeau de la Gwrac ’h) au lieu-dit de Béas (évolution de Bez Ahez, tombe d’Ahez), et tout près de la voie romaine appelée localement Pavez ar Wrac’h (pavement de la Gwarc ’h) qui mène de Tréguier à Carhaix. Ce monument mégalithique mesurait 30 pieds de long (environ 10m).

 

Hent Ahez et Karront Ahez « chemin d’Ahez » sont deux des nombreuses appellations bretonnes de la Voie Lactée , et Karr Ahez (le Char d’Ahez) est un des noms attribués à la constellation dite du Petit Chariot ou de la Petite Ourse.

 

On a confondu Ahez avec Dahud, princesse de la ville d’Iz, fille du roi Gralon Veur, dans cette légende qui semble empruntée à celle de la tour de Nesle. Chaque matin la belle remet à ses amants un masque magique pour sortir du palais sans être reconnu. Mais à peine mis, le masque se serre et étrangle le malheureux. Un homme noir emporte le cadavre par le chemin d’Ahez et précipite le corps dans un du Huelgoat (Cornouaille). La cruelle dame et les fantômes de ses amants hantent encore ce lieu.  

 

D’autres version font d’Ahez la seconde fille de Gralon Veur, ou bien celle de Konan Meriadeg, fondateur historico-mythique de la Bretagne continentale au IV ème siècle.

 

Quoiqu’il en soit, d’après la très archaïque gwerz bretonne Gwarc’h Ahez, ces routes, par lesquelles arrivent des chars dont celui de l’Ankoù, n’apportaient que péril, guerre et désolation, selon un schéma classique que l’on rencontre également dans nombre de prophéties bretonnes, où il est affirmé que la fin du monde arrivera quand il y aura des routes partout. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer le mythe d’Ahez. Parmi celles-ci mentionnons celle de l’historien Louis Pape qui y voit une personnification de la puissance romaine. Dans ce cas, les aigles qui, dans une chanson antique, précèdent la guerre et les percepteurs, feraient référence aux aigles romains.

 

 

 

 

(tiré du Légendaire Celtique de Divi Kervella et d'Erwan Seure Le Bihan)

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